LA CULTURE DU MAGHREB
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 La Fantasia

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M€RY€M
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MessageSujet: La Fantasia   Lun 9 Avr 2007 - 13:03

LA FANTASIA
"Fantasia en Algérie" de Farid Benyaa

Canicule, poussière, foule et ambiance de fête. Les gens, par milliers, grouillent autour d’un immense terrain nu, véritable arène antique, bordé d’une centaine de tentes. Ici, on vient des contrées les plus reculées du Maghreb. C’est le moussem (saison). Il désigne une fête saisonnière et religieuse en l’honneur d’un saint local ou d’un marabout. C’est l’occasion d’un grand rassemblement qui peut durer toute une semaine.
Une importante tente blanche rayée de noir se détache au milieu de l'alignement de toutes les autres : la khzana sert de tribune aux chefs de tribu, aux notables ainsi qu'aux officiels. De là , la vue est imprenable sur la place et va se tenir l'événemebt clé du moussem : la fantasia. Tout autour, la fête bat son plein. Les cheikhates, chanteuses populaires, les danseurs laâlaoui (dans avec l'épaule) dansent, tapent des mains et braillent des couplets frénétiques. Les nuages de fumée de grillades, le parfum du thé à la menthe, les marchands ambulants, les jongleurs et autres acrobates constituent le paysage idéal pour les dizaines de touristes occidentaux en mal d'exotisme qui s'y pressent ainsi que les villageois venus des régions avoisinantes.

A quelques mètres de là, les chevaux foulent allègrement le sol dans leurs harnachements d'apparat rouge et or sans être effarouchés par le brouhaha ambiant. Comme chaque année, quelques cinq cents cavaliers se donnent rendez-vous au même endroit. Toutes les régions sont représentées. Les meilleurs cavaliers et les plus beaux destriers se pavanent devant la foule admirative. Les équipes, d'une vingtaine de cavaliers chacune (cela varie en plus ou en moins selon les équipes), ont quelque mal à s'aligner correctement. La tension se lit sur les visages des hommes qui se scrutent, brandissant le fusil d'une main et tenant fermement les brides de l'autre. Ils sont très concentrés, drapés dans des balks et burnous (sorte de cape) et vêtus de sarouel (pantalon bouffant et court). Les chefs des équipes se distinguent facilement par leurs costumes richement décorés, ainsi que par leur nervosité à fleur de peau. Un départ réussi est indispensable pour décrocher le trophée du concours. Ce qui est frappant, c'est l'âge disparate des participants : des vieillards de plus de soixante-dix ans côtoient de jeunes cavaliers de dix-huit ans.

Les premiers à se lancer dans le combat imaginaire, donnent un léger coup d'éperon aux chevaux qu'ils font avancer de quelques mètres pour se démarquer légèrement des autres. Le départ tarde un peu ; les cavaliers serrent les brides et calent le pied dans l'étrier pour retenir les chevaux qui piaffent d'impatience. L'excitation est à son comble. Elle est palpable et contraste avec l'air détendu de la foule. Une ribambelle d'enfants, barbes à papa et confiseries locales plein les mains, se chamaillent entre eux, d'autres tirent les djelllabas de leurs mères, ajoutant à la pagaille joyeuse.
Les jeunes gens affichent des attitudes de grands seigneurs et semblent plus concernés par les jolies filles que par la fantasia qui se prépare. Les vieux, en revanche, imperturbables, scrutent la ligne de départ d'un oeil expérimenté, analysant les gestes et les mouvements très codés de ce champ de bataille symbolique.


Les chevaux avancent d'une dizaine de mètres, lentement, nerveusement, majestueusement. Ce ballet équestre ne laisse pas indifférents les jeunes femmes. Le chef de la première équipe, un quinquagénaire au regard grave, dressé sur son cheval noir, lève la main gauche et lance la célèbre formule "HADAR L'KHAYLE" (les chevaux sont prêts !). Cri lancé aussi bien à l'intention de la foule que des chevaux. Les cavaliers lâchent alors la bride et donnent le coup d'éperon décisif. Les chevaux s'élancent à vive allure en se frôlant. Des youyous déchirent le ciel au-dessus de la plaine. La charge héroïque contre l'envahisseur imaginaire est déclenchée. La poussière s'élève et les sabots font rouler leur tonnerre sur la terre sèche. A quelques enjambées de la ligne d'arrivée, le chef lance d'une vois puissante son ordre de bataille : "HADAR LAMKANAL !" (A vos fusils !). Les cavaliers abandonnent la bride, se dressent sur leurs étriers et exhibent avec fierté leur fusil en le tenant des deux mains. Le point culminant de la fantasia est atteint lorsque les armes crachent leurs salves simultanément vers le ciel, dans une apothéose de barroud. On n'entend plus rien, sinon le grondement des détonations, le tremblement du sol, le bruit des sabots et les youyous jouissifs des femmes. Quelques touristes, appareils photos et caméra à la main, tentent d'immortaliser le moment. La poussière ocre et l'odeur de la poudre atteignent les spectateurs et personne ne se gêne pour crahcer abondamment. Aussitôt la première équipe revenue à la case départ pour recharger les fusils, une autre se lance à son tour et ainsi de suite. Les cavalcades se succèdent dans un magnifique baller suspendant le temps face aux vagues du sable.



Le Maghreb d'antan perpétue les prouesses guerrières qui jalonnent toute son histoire arabo-musulmane. Deux-mille ans de charges héroïques contre les invasions vandales, romaines, espagnoles, portugaises ou françaises palpitent sous les yeux éblouis de la foule. La fantasia mime interminablement la tradition guerrière d'antan.

La fantasia ne serait rien sans son cheval de prédilection barbé. Né d'un croisement entre le pur-sang arabe et un cheval local des peuples berbères d'Afrique du Nord, le barbe est réputé pour sa robustesse et sa résistance aux variations climatiques du désert. Sa taille moyenne varie entre 1,45m et 1,62m au garrot. Sa tête est forte et plutôt longue avec un profit rectiligne ou convexe, à la différence du pur-sang, le barbe a une queue attachée bas et une croupe oblique ou creuse. Son garrot est placé haut avec épaules plates. S'il est choisi pour la fantasia, c'est pour sa rapidité sur de courtes distances, son agilité et son incroyable endurance. Il est aussi réputé pour sa puissance qu'il déploie dans un temps limité mais avec générosité. Le barbe a en plus très bon caractère : docile et non craintif, il fait une excellente monture pour la fantasia. Dressé dès son plus jeune âge, et parallèlement à l'entraînement des jeunes cavaliers, il est habitué aux détonations et aux ambiances festives du concours équestre.


Même s'il est difficile de dater les débuts de la fantasia, il semble bien qu'elle provienne d'une tradition berbère ayant pris forme avec l'arrivée des arabes au Maghreb. Le terme lui-même est curieux ; mélange de français, d'espagnol, d'arabe voire d'italien, il signifierait divertissement. Les arabes lui préfèreront le nom de POUDRIA ou T'BOURIDA (jeu de la poudre). Les fantasias auraient en fait commencé bien avant l'apparition de la poudre et l'on trouve des traces de cette fête équestre à l'arc, au javelot ou à l'arbalète.
Le premier récit d'une fantasia nous vient d'Ali Ben Hodeil à Mogador (actuelle Essaouira) en 1818. Elle y est semblable à celle d'aujourd'hui puisque les cavaliers portaient déjà le burnous et utilisaient la mokahla (long fusil mauresque). Il faudra attendre le voyage de Delacroix en 1832, pour que les Européens découvrent la fantasia. Outre ses croquis, esquisses et aquarelles, il laissera une superbe toile d'une fantasia devant Bâb Berdaine, l'une des portes des muraillles de Meknès. La fascination des occidentaux atteindra son apogée en 1860, lors de la visite de Napoléon III dans l'Algérie conquise, où on lui organisera une fantasia avec 10 000 cavaliers !...
"Fantasia arabe devant une porte de Meknès" (aquarelle) DELACROIX

De nombreuses légendes entourent l'origine de la fantasia. On raconte par exemple qu'un chef de tribu de la région de Sousse promit la main de sa fille au meilleur cavalier du moussem de Kalaat Mgouna. Alors qu'il restait deux prétendants rivaux, un cavalier de la tribu des Ouled Hriz, qui avait les faveurs de la belle, reçut un éclat de poudre dans les yeux. Prenant son courage à deux mains, le cavalier, aveugle, réussit à remporter le concours, guidé par le bruit des sabots de son cheval et les youyous de sa jeune dulcinée, qui le prévint du moment du tir.
Jadis, la fantasia commémorait la fête des semailles et des moissons (moussem). Elle rythmait ainsi le temps social des tribus et des hommes. La perte de l'identité rurale, les déséquilibres sociaux et l'augmentation des frais d'entretien des chevaux rendent aujourd'hui difficile l'organisation d'une telle manifestation. L'Etat apporte heureusement son soutien à l'art de la fantasia en prenant en charge l'organisation des fêtes nationales et religieuses. Les fantasias sont devenues le meilleur spectacle destiné à séduire les touristes et à entretenir le folklore, pierre angulaire de la stratégie touristique. Depuis une dizaine d'années, les autorités ont mis en place un "Festival des Arts équestres traditionnels" qui est suivi d'une "Semaine du cheval", largement médiatisée.

Par Djazia, sociologue, pour WebArabic.com


Où voir les Fantasias ?

En Algérie, lors de différents festivals ou manifestations, comme dernièrement lors du 3ème Festival du Tourisme Saharien, qui s'est déroulé fin mars 2007 à Taghit

En Tunisie, parmi d'autres :
Festival de la fantasia, dans la ville sainte de Kairouan en novembre,
Fantasia, lors du Festival National du cheval pur-sang arabe de Maknassy dans le sud du pays, en juin-juillet,

Au Maroc, parmi d'autres :
Grand Prix de la fantasia, lors de la semaine du cheval à Rabat en juin-juillet,
Fantasia sous les superbes remparts de Meknès, à l'intérieur du pays

Pour connaître précisément les dates et lieux, contactez :

L'Office National Algérien du Tourisme, ONAT, 126 bis rue Didouche Mourad, Alger, tel : 00.213(0)21.74.44.48, www.onat-dz.com
L'Office National du Tourisme Tunisien, 32 avenue Opéra, 75002 Paris, tel : 01.47.42.72.67
L'Office National Marocain du Tourisme, 161 rue Saint-Honoré, 75001 Paris, tel 01.42.60.63.50

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M€RY€M
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MessageSujet: Re: La Fantasia   Dim 9 Sep 2007 - 18:59

Je vous fais partager les photos que mon petit mari m'a envoyé... une fantasia qu'il a trouvé sur la route pendant son boulot... dans le nord ouest algérien










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marzou
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MessageSujet: Re: La Fantasia   Dim 9 Sep 2007 - 19:06

Vraiment magnifique M€ry€m, on ressent à travers ces photos la fierté des montures et des cavaliers en tenue. On a même la sensation de respirer l'odeur de la poudre des fusils et la poussière qui se dégage de la fantasia.

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Sarah
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MessageSujet: Re: La Fantasia   Lun 10 Sep 2007 - 9:09

Merci Meryem pour ce petit voyage c'est un peu comme si on y etait
SUPERBES PHOTOS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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