LA CULTURE DU MAGHREB
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 Annales de la ville de Fez (1326)

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marzou
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MessageSujet: Annales de la ville de Fez (1326)   Sam 11 Oct 2008 - 20:30

Extrait du livre :
ROUDH EL-KARTAS - HISTOIRE DES SOUVERAINS DU MAGHREB
(ESPAGNE ET MAROC)
ET ANNALES DE LA VILLE DE FEZ

TRADUIT DE L’ARABE PAR A. BEAUMIER,
AGENT VICE-CONSUL DE FRANCE À RABAT ET SALÉ (MAROC)

PUBLIÉ SOUS LES .AUSPICES DU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.
PARIS
IMPRIMÉ PAR AUTORISATION DU GARDE D ES SCEAUX
À L’IMPRIMERIE IMPÉRIALE.
MDCCCLX




HISTOIRE DES CONSTRUCTIONS FAITES PAR L’IMAM EDRISS DANS LA VILLE DE FÈS.
DESCRIPTION DES BIENFAITS ET DES BEAUTÉS QUE DIEU A DISPENSÉS À FÈS, QUI EXCELLE SUR TOUTES LES AUTRES VILLES DU MAGHREB.




L’auteur du livre (que Dieu l’agrée !) continue : Depuis sa fondation, la ville de Fès a toujours été le siège de la sagesse, de la science, de la paix et de la religion ; pôle et centre du Maghreb, elle fut la capitale des Edrissites hosseïniens qui la fondèrent, et la métropole des Zenèta, des Beni Yfran, des Maghraoua et autres peuples mahométans du Maghreb.

Les Lemtuna s’y fixèrent quelque temps, lors de leur domination; mais bientôt ils bâtirent la ville de Maroc, qu’ils préférèrent à cause de la proximité de leur pays, situé dans le sud. Les Mouâhédoun (Almohades), qui vinrent après eux, suivirent leur exemple par la même raison; mais Fès a toujours été la mère et la capitale des villes du Maghreb, et aujourd’hui elle est le siége des Beni Meryn qui la chérissent et la vénèrent. (Que Dieu perpétue leurs jours !)

Fès réunit en elle eau douce, air salutaire, moissons abondantes, excellents grains, beaux fruits, vastes labours, fertilité merveilleuse, bois
épais et proches, parterres couverts de fl eurs, immenses jardins potagers, marchés réguliers attenant les uns aux autres et traversés par des rues trèsdroites ; fontaines pures, ruisseaux intarissables qui coulent à fl ots pressés sous des arbres touffus, aux branches entrelacées, et vont ensuite arroser les jardins dont la ville est entourée.

Il faut cinq choses à une ville, ont dit les philosophes : eau courante, bon labour, bois à proximité, constructions solides, et un chef qui veille à sa prospérité, à la sûreté de ses routes et air respect dû à sa puissance. A ces conditions, qui accomplissent et ennoblissent une ville, Fès joint encore de grands avantages, que je vais décrire, s’il plait à Dieu.

Dans nulle partie du Maghreb on ne trouve de si vastes terres de labour et des pâturages si abondamment arrosés que ceux qui entourent
Fès. Du côté du midi s’élève la montagne des Beni Behloul, dont les forêts superbes donnent cette quantité incalculable de bois de chêne et de charbon que l’on voit accumulée chaque matin aux portes de la ville. La rivière, qui partage la ville en deux parties, donne naissance, dans son intérieur, à mille ruisseaux qui portent leurs eaux dans les lavoirs, les maisons et les bains, et arrosent les rues, les places, les jardins, les parterres, font tourner les moulins et emportent avec eux toutes les immondices.

Le docte et distingué Abou el-Fadhl ben el-Nahouy, qui a chanté les louanges et la description de Fès, s’est écrié :
«O Fès, toutes les beautés de la terre sont réunies en toi ! De quelle bénédiction, de quels biens ne sont pas comblés ceux qui t’habitent ! Est-ce ta fraîcheur que je respire, ou est-ce la santé de mon âme ? Tes eaux sontelles du miel blanc ou de l’argent ? Oui peindra ces ruisseaux qui s’entrelacent sous terre et vont porter leurs eaux dans les lieux d’assemblées, sur les places et sur les chemins !»


Le docte Abou el-Fadhl ben el-Nahouy était de ceux qui possèdent science, religion, intégrité et bienfaisance, ainsi qu’il est dit dans le
Téchaouif qui traite de l’histoire des hommes savants du Maghreb.

Un autre illustre. écrivain, le docte et très-savant Abou Abd Allah el-Maghyly, étant kady à Azimour, a dit ce qui suit dans une de ses odes
à Fès :
«O Fès ! que Dieu conserve ta terre et tes jardins, et, les abreuve de l’eau de ses nuages ! Paradis terrestre qui surpasse en beautés tout ce qu’il y a de plus beau et dont la vue seule charme et enchante ! Demeures sur demeures aux pieds desquelles coule une eau plus douce que la plus douce liqueur ! Parterres semblables au velours, que les allées, les plates-bandes et les ruisseaux bordent d’une broderie d’or ! Mosquée el-Kairaouyn, noble nom! dont la cour est si. fraîche par les plus grandes chaleurs !... Parler de toi me console, penser à toi fait mon bonheur ! Assis auprès de ton admirable rejet d’eau, je sens la béatitude ! et avant de le laisser tarir, mes yeux se fondraient en pleurs pour le faire jaillir encore !»

L’Oued Fès, dont. l’eau l’emporte par la douceur et la légèreté sur le meilleures eaux de la terre, sort de soixante sources qui dominent la ville. Cette rivière traverse d’abord une vaste pleine couverte de gossampins et de cyprès: puis, serpentant à travers les prairies toujours vertes qui avoisinent la ville, elle entre à Fès, où elle se divise, comme on l’a dit, en une infi nité de petits ruisseaux. Enfin. Sortant de Fès,
elle arrose les campagnes et les jardins, et va se jeter dans le fl euve Sebou, à deux milles de la ville.

Les propriétés de l’eau de l’Oued Fès sont nombreuses ; elle guérit de la maladie de la pierre et des mauvaises odeurs ; elle adoucit la peau et détruit les insectes ; on peut sans inconvénient eu boire en quantité à jeun, tant elle est douce et légère (qualités qu’elle acquiert en coulant à travers le gossampin et le cyprès). Le médecin Ben Djenoun rapporte que, bue à jeun, cette eau rend plus agréable le plaisir des sens. Elle blanchit le linge sans qu’il soit nécessaire d’employer du savon, et elle lui donne un éclat et un parfum surprenants. On tire de l’Oued Fès des pierres précieuses qui peuvent remplacer les perles fi nes. Ces pierres valent un metkal d’or la pièce, ou plus ou moins, selon leur pureté, leur beauté et leur couleur. On trouve également dans cette rivière des cheratyns (écrevisses) qui sont très-rares dans les eaux de l’Andalousie, et on y pèche plusieurs espèces de poissons excellents et très-sains, tels que el-boury (le mulet), el-seniah, el-lhebyn (cyprinum), el-bouka (murex) et autres. Eu résumé, l’Oued Fès est supérieur aux autres rivières du Maghreb par ses bonne, et utiles qualités.

Il n’existe nulle part des mines de sel aussi remarquables que celles de Fès ; situées à six milles de la ville, ces mines occupent un terrain de dix-huit milles, et sont comprises entre le hameau de Chabty et l’Oued Mesker, dans le Demnet el-Bakoul. Elles, donnent différentes espèces de sel variant entre elles de couleur et de pureté. Ce sel, rendu en ville, coûte un drahem les dix sâa, quelquefois plus, quelquefois moins, selon le nombre des vendeurs ; autrefois avec un drahem on en avait une charge (de chameau), et souvent même les marchands ne ouvaient s’en défaire, tant l’abondance était grande ; mais ce qui est vraiment merveilleux, c’est que l’espace occupé par ces mines est coupé en divers sens par des champs cultivés, et certes, quand au milieu du sel on voit s’élever de belles moissons dont les épis se balancent sur de vertes tiges, on ne peut que dire : c’est là un bienfait de Dieu, un signe de sa bénédiction !


A suivre

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marzou
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MessageSujet: Re: Annales de la ville de Fez (1326)   Sam 11 Oct 2008 - 21:01

A un mille environ de Fès est situé le Djebel, Beni Bazgha, qui fournit ces quantités indicibles de bois de cèdre qui chaque jour arrivent en ville. Le fleuve Sebou, qui n’a qu’une seule source, sort d’une grotte de cette montagne et suit son cours à l’est de Fès, à. une distance de deux milles.

C’est dans ce fleuve que l’on pèche le chabel et le boury (l’alose et le mulet), qui arrivent si frais et en si grande quantité sur les Marchés de la ville. C’est aussi sur les bords du Sebou que les habitants de Fès viennent faire leurs parties de plaisir.

À tous les avantages qui distinguent, Fès des autres villes, il faut ajouter encore les beaux bains de Khaoulen, situés à quatre milles de ses portes, et dont les eaux sont d’une chaleur extraordinaire. Non loin de Khaoulen sont enfi n les magnifi ques thermes de Ouachnena et de Aby Yacoub, les plus renommés du Maghreb.

Les habitants de Fès ont l’esprit plus fin et plus pénétrant que les autres peuples du Maghreb ; fort intelligents, très-charitables, fiers et
patients, ils sont soumis à leur chef et respectent leur souverain. En temps d’anarchie ils l’ont toujours emporté sur les autres par leur sagesse, leur science et leur religion.

Depuis sa fondation, Fès a toujours été propice aux étrangers qui sont venus s’y établir. Grand centre, on se réunissent en nombre les sages,
les docteurs, les légistes, les littérateurs, les poètes, les médecins et autres avants, elle fut de tout temps le siége de la sagesse, de la science, des études nouvelles et de la langue arabe, et elle contient à elle seule plus de connaissances que le Maghreb entier. Mais, s’il n’a jamais cessé d’en être ainsi, il faut l’attribuer aux bénédictions et aux prières de celui qui l’a fondée ; l’imam Edriss, fi ls d’Edriss (que Dieu l’agrée !), au moment d’entreprendre les premiers travaux, leva les mains au ciel et dit :
«O mon dieu ! faites que ce lieu soit la demeure de la science et de la sagesse ! que votre livre y soit honoré et que vos lois y Soient respectées ! Faites que ceux qui l’habiteront restent fi dèles au Sonna et à la prière aussi longtemps que subsistera la ville que je vais bâtir !»

Saisissant alors une pioche, Edriss commença les premiers fondements. Depuis lors jusqu’à nos jours, an 726 (1325 J. C.), Fès a effectivement toujours été la demeure de la science, de la doctrine orthodoxe, du Sonna, et le lieu de réunion et de prières. D’ailleurs, pour expliquer tant de bienfaits et de grandeurs, ne suffit-il pas de connaître la prédiction du prophète (que Dieu le bénisse et le sauve !), dont les propres paroles sont rapportées dans le livre d’Edriss ben Ismaël Abou Mimouna, qui a écrit de sa propre main ce qui suit :
« Abou Medhraf d’Alexandrie m’a dit qu’il tenait de Mohammed ben Ibrahim el-Mouaz; lequel le tenait de Abd er-Rahmann ben el-Kassem, qui le tenait de Malek ben Ans, qui le tenait de Mohammed ben Chahab el-Zahery, qui le tenait de Saïd _ ben el-Messyb, qui le tenait d’Abou Hérida, lequel avait entendu de Sidi Mohammed lui-même (que Dieu le sauve et le bénisse !) la prophétie suivante : Il s’élèvera dans l’Occident une ville nommée Fès qui sera la plus distinguée des villes du Maghreb ; son peuple sera souvent tourné vers l’Orient; fi dèle au Sonna et à la prière, il ne s’écartera jamais du chemin de la vérité ; et Dieu gardera ce peuple de tous les maux jusqu’au jour de la résurrection !»

Abou Ghâleb raconte dans son histoire qu’un jour l’imam Edriss, se trouvant sur l’emplacement de la ville qu’il voulait bâtir, était occupé à en
tracer les, contours, lorsque arriva vers lui un vieux solitaire chrétien, qui paraissait bien avoir cent cinquante ans, et qui passait sa vie en prières dans un ermitage situé mon loin de cet endroit.
«Que le salut soit sur toi ! dit le solitaire en s’arrêtant; réponds, émir, que viens-tu faire entre ces deux montagnes ?
— Je viens, répondit Edriss, élever une ville où je demeurerai et où demeureront mes enfants après moi, une ville où le Dieu très-haut sera adoré, où son Livre sera lu et où l’on suivra ses lois et sa religion !
— Si cela est, émir, j’ai une bonne nouvelle à te donner.
— Qu’est-ce donc, ermite ?
— Écoute. Le vieux solitaire chrétien, qui priait avant moi dans ces lieux et qui est mort depuis cent ans, m’a dit avoir trouvé dans le livre
de la science qu’il exista ici une ville nommée Sèf qui fut détruite il y a dix-sept cents ans, mais qu’un jour il viendrait un homme appartenant à la famille des prophètes, qui rebâtirait cette ville, relèverait ses établissements et y ferait revivre une population nombreuse ; que cet homme se nommerait Edriss; que ses actions seraient grandes et son pouvoir célèbre, et qu’il apporterait en ce lieu l’islam qui v demeurerait jusqu’au dernier jour.
— Loué soit Dieu ! Je suis cet Edriss,» s’écria l’imam, et il commença à creuser les fondations.


A l’appui de cette version l’auteur cite le passage d’El-Bernoussy où il est dit qu’un juif, creusant les fondements d’une maison près du
pont de Ghzila, sur un lieu qui était encore, comme la plus grande partie de la ville, couvert de buissons, de chênes, de tamarins et autres arbres, trouva une idole en marbre, représentant une jeune fille, sur là poitrine de laquelle étaient gravés ces mots en caractères antiques : «En ce lieu, consacré aujourd’hui à la prière, étaient jadis des thermes florissants, qui furent détruits après mille ans d’existence.»

D’après les recherches des savants qui se sont particulièrement occupés des dates et de la fondation de la ville de Fès, Edriss jeta les premiers fondements le premier jeudi du mois béni de raby el-aoued, an 192 de l’hégyre (3 février 808 J. C.). Il commença par les murs d’enceinte de l’Adoua(1) el-Andalous, et, un an après, dans les premiers jours de raby el-tâni, an 193, il entreprit ceux de l’Adoua el-Kairaouyn. Les murs de l’Adoua el-Andalous étant achevés, l’imam fit élever une mosquée auprès du puits nommé Gemda el-Chiak (lieu de réunion des cheïkhs) et y plaça des lecteurs. Ensuite il fi t abattre les arbres et les broussailles qui couvraient de leurs bois épais l’Adoua el-Kairaouyn, et il découvrit ainsi une infi nité de sources et de cours d’eau.

Ayant mis les travaux en train sur cet emplacement, il repassa dans l’Adoua el-Andalous et s’établit, sur le lieu appelé el-Kermouda ; il construisit la mosquée El-Cheyâa (que Dieu l’ennoblisse !) et y plaça des lecteurs. Ensuite il bâtit sa propre maison, connue jusqu’à ce jour sous le nom de Dar el-Kytoun et habitée par les chérifs Djoutioun, ses descendants; puis il édifi a l’Al-Kaysserïa (les bazars) à côté de la mosquée, et établit tout autour des boutiques et des places. Cela fait, Edriss ordonna à ses gens de construire leurs demeures.

«Ceux d’entre vous, dit-il, qui auront choisi un terrain et qui auront sur ce terrain établi des maisons ou des jardins avant que les murs d’enceinte soient entièrement achevés, en resteront propriétaires. Je le leur donne, dès à présent, pour l’amour du Dieu très-haut.»

Aussitôt le peuple se mit à bâtir et à planter des arbres fruitiers ; chacun, choisissant un emplacement assez vaste pour construire sa demeure et son jardin, le défrichait et employait à la construction de sa maison le bois des arbres qu’il abattait. Sur ces entrefaites, une troupe de cavaliers persans de l’Irak, appartenant en partie aux Beni Mélouana, arrivèrent auprès d’Edriss et campèrent dans le voisinage de l’ l’Aïn-Ghalou ; cette fontaine, située au milieu d’une épaisse forêt de dhehach, de ghyloun, de kelkh, de besbâs et autres arbres sauvages, était la demeure d’un nègre nommé Ghalou, qui arrêtait les passants. Avant la fondation de Fès, personne n’osait s’approcher de cet endroit, ni même se mettre en chemin, de peur de rencontrer Ghalou.

A cette peur se joignait l’épouvante qu’occasionnaient le bruissement des bois épais, le grondement de la rivière et des eaux, et des cris des bêtes féroces qui avaient là leurs repaires. Les bergers fuyaient ces parages avec leurs troupeaux, et si quelquefois il leur arrivait de se hasarder de ces côtés, ce n’était, jamais que sous une nombreuse escorte.

Edriss commençait à bâtir sur l’Adoua el-Andalous lorsqu’il apprit ces détails; immédiatement il donna l’ordre de s’emparer du nègre, et, dès qu’on le lui eut amené, il le tua et fit clouer le cadavre à un arbre situé au-dessus de ladite fontaine, où il le laissa jusqu’à ce qu’il eût entièrement disparu en lambeaux de chair décomposée. C’est de là que vient le nom de Ghalou que cette fontaine porte encore aujourd’hui.

Dans la construction des murs de l’Adoua el-Kairaouyn, l’imam prit pour point de départ le sommet de la colline d’Aïn Ghalou, où il fi t la première porte de la ville qu’il nomma Bab Ifrîkya (porte d’Afrique) ; de là, portant les murs vers Aïn Derdoun et jusqu’à Sabter, il éleva la deuxième porte Bab Sadaun ; de Bab Sadaun, il se dirigea vers Ghallem, où il établit la porte appelée Bab el-Fars (porte de Perse) ; de Ghallem, il descendit sur les bords de la rivière (Oued Kebir) qui sépare les deux Adoua, et il fi t le Bab el-Facil (porte de la séparation), qui conduit d’une Adoua à l’autre.

Passant sur l’autre rive, il construisit, en remontant le cours de l’eau, cinq mesafat de murs, au bout desquels il établit le Bab el-Ferdj (porte du soulagement), que l’on nomme aujourd’hui Bab-el-Selsela (porte de la chaîne); repassant la rivière et rentrant sur l’Adoua el-Kairaouyn, il remonta de nouveau le courant jusqu’aux fontaines situées entre El-Sad et El-Gerf, et construisit là le Bab el-Hadid (porte de fer) ; rejoignant enfi n cette dernière porte au Bab Ifrîkya, il acheva l’enceinte de l’Adoua el-Kairaouyn, ville grandeur moyenne, ayant six portes, abondamment arrosée et contenant grand nombre de Jardins et de moulins à eau.

Passant à l’Adoua el-Andalous, il construisit au midi la porte par laquelle on prend le chemin de Sidjilmeça, que l’on nomme aujourd’hui Bab el-Zeïtoun (porte des oliviers) ; de là il dirigea les murs le long de la rivière, en remontant vers Bersakh, et, arrivé vis-à-vis le Bab el-Ferdj de l’Adoua el-Kairaouyn, il fi t une porte; puis continuant les murs jusqu’à Chybouba, il construisit la porte de ce nom qui fait face au Bab el-Facil de l’autre Adoua ; de Bab el-Chybouba il arriva à la pointe de Hadjer el-Feradj, et y plaça la porte de l’orient nommée Bab el-Kenesya (porte de l’église), qui conduit an bourg des malades et par laquelle on prend le chemin de Tlemcen.

Cette dernière porte fut conservée telle qu’Edriss l’avait faite jusqu’en 540 (1145 J. C.). A cette époque, elle fut détruite par Abd el-Moumen ben Ali, qui, devenu maître du Maghreb, s’était emparé de la ville de Fès. Elle lut rebâtie en 601 (1204 J. C.) par El-Nasser ben el-Mansour l’almohade, qui refi t à neuf les murs d’enceinte, et elle prit alors le nom de Bab el-Khoukha (porte de la lucarne).

Le bourg des malades était situé au dehors de Bab el-Khoukha de façon à ce que le vent du sud pût emporter loin de la ville les exhalaisons qui auraient été nuisibles au peuple. De même la rivière ne passait dans ce bourg qu’au sortir de Fès, et on n’avait point à craindre ainsi que les eaux se corrompissent par le contact des malades qui s’y baignaient et y jetaient leurs ordures. Mais, en 619 (1222 J. C.), lors de la désastreuse famine qui, jusqu’en 637 (1239 J. C.), bouleversa le Maghreb et le plongea clans les troubles et la misère (malheurs dont Dieu se servit pour mettre fi n au gouvernement des Almohades et faire briller celui des Meryn), les lépreux passèrent le Bab el-Khoukha, et vinrent s’établir en dehors de Bab el-Cheryah. (une des portes de l’Adoua el-Kairaouyn), dans les grottes situées auprès du fl euve, entres les silhos aux grains et le Jardin Meserlat.

Ils demeurèrent là jusqu’à ce que les Meryn, devenus souverains du Maghreb, eurent affermi leur pouvoir, fait briller la lumière de leur justice, répandu leur bénédiction sur le peuple, rétabli la sûreté, des routes et accru par leurs bienfaits la population de la ville. Alors seulement, en 658, on se plaignit à l’émir des musulmans, Abou Youssef Yacoub ben Abd el-Hakk, de ce que les malades se baignaient et lavaient leurs vêtements, leur vaisselle et autres objets dans la rivière, et corrompaient ainsi les eaux dont l’usage compromettait la santé des musulmans de la ville. Aussitôt Abou Youssef (que Dieu lui fasse miséricorde !) ordonna au gouverneur de Fès, Abou el-Ghala Idriss ben Aby Koreïch, de faire sortir les malades de cet endroit et de les chasser loin de la rivière. Cet ordre fût exécuté, et les lépreux furent relégués dans les cavernes de Borj el-Koukab, au dehors de Bab el-Dysa, une des portes de l’Adoua el-Kairaouyn.



____________________
1 Adoua, rive ; les rives d’un fl euve, d’un ruisseau, les deux côtés d’un détroit.



(A suivre)

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marzou
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MessageSujet: Re: Annales de la ville de Fez (1326)   Sam 11 Oct 2008 - 21:52

Edriss construisit une porte dans le sud de l’Adoua el-Andalous et la nomma Babel-Kabla (porte du Sud); cette porte resta intacte jusqu’à l’époque on elle fut détruite par Dounas el-Azdy, qui s’empara, les armes à la main, de l’Adoua el-Andalous ; elle fut ensuite reconstruite par El-Fetouh ben el-Mouaz ben Zyry ben Athia el-Zenety el-Maghraouy, lors de son gouvernement à Fès, où, suivant l’histoire de Ben Ghâleb, par El-Fetouh ben Manser el-Yfrany, qui lui aurait donné son nom.

Fès, dit Abd el-Malek el-Ourak, était anciennement composée de deux villes ayant chacune ses murs d’enceinte et ses portes ; la rivière qui les séparait rentrait du côté de Bab el-Hadid par une ouverture pratiquée dans le mur, à laquelle on avait, adapté une porte à bon et beau grillage de bois de cèdre, et sortait par deux portes semblables à l’endroit nommé El-Roumelia; les murs et les portes des deux villes étaient hauts et forts ; par le Bab el-Hadid on prenait le chemin du mont Fezez et des mines de Ghouam ; par la grande porte (Bab-Soliman), on prenant celui de la ville de Maroc, du. Messamid et autres pays ; par le Bab el-Mkobera (porte du Cimetière), on allait vers l’ancienne chapelle située au sommet du mont Meghaya. Cette dernière porte fut fermée à l’époque de la famine, en 627, et n’a plus été ouverte depuis.

Enfin la dernière porte construite par Edriss dans l’Adoua el-Andalous fut le Bab Hisn Sadouu, située au nord des murs, sur le mont Sather.
Plus tard, à l’époque des Zenèta, la population s’étant accrue, une partie des habitants dut aller se loger dans les jardins situés au dehors de
la ville, et ce fut alors que l’émir Adjycha ben el-Muaz et son frère El-Fetouh, qui gouvernait l’Adoua el-Andalous, renfermèrent dans une même enceinte les deux Adoua et leurs murs ; ils fi rent construire chacun une porte à laquelle ils donnèrent leur nom. Le Bab Adjycha, situé vis-à-vis le Bab Hisn Sadoun susmentionné, fut conservé tout le temps des Zenèta et. des Lemtouna jusqu’à l’époque du gouvernement de l’émir des croyants Aby Abd Allah el-Nasser l’Almohade, qui fi t reconstruire les murs détruits en 540 par son grand-père Abd el-Moumen.

Aby Abd Allah fi t bâtir par delà le Bab Adjycha une grande porte qu’il appela également Adjycha, dont on fit El-Djycha, en substituant l’article el au aïn, nom qu’elle garda jusqu’à sa fin. Détruite par le temps, en 684 (1285 J. C.), elle fut relevée par ordre de l’émir des musulmans Abou Youssef Yacoub ben Abd el-Hakk (que Dieu lui fasse miséricorde !), lequel était alors à Djezyra el-Hadra (île verte, Algésiras) dans l’Andalousie. En même temps on refi la à neuf toute la partie des murs attenants à cette porte, excepté le Kous el-Barâni (arc des étrangers), que l’on trouva en bon état et auquel on ne toucha pas.

En 681 (1282 J. C.), Abou Youssef (que Dieu lui fasse miséricorde !), après avoir fait réparer et reconstruire les murs du sud de l’Adoua el-Andalous, fi t abattre toute la partie comprise depuis le Bab el-Zeytoun jusqu’auBab el-Fetouh. Ces travaux furent exécutés sous la direction du docte kady Abou Oumya el-Dylley.

Les maisons de Fès ont deux, trois, et jusqu’à quatre étages, tous également bâtis en pierres dures et en bon mortier; les charpentes sont en cèdre, le meilleur bois de la terre ; le cèdre ne se corrompt point, les vers ne l’attaquent pas, et il se conserve mille, ans, à moins que, l’eau ne l’atteigne.

Chaque Adoua a toujours eu sa mosquée principale, ses bazars et son Dar Sekâ (établissement de la monnaie) particuliers ; à l’époque des Zenèta ces deux parties eurent même un sultan chacune, El-Fetouh et, Adjycha, fils tous deux de notre père l’émir El-Mouaz ben Zyry ben Athia; El-Fetouh commandait l’Adoua el-Andalous et Adjycha l’Adoua el-Kairaouyn ; l’un et l’autre avaient une armée, une cour, et dressaient leurs prières au Dieu très haut ; mais l’un et l’autre aussi voulaient le pouvoir suprême et gouverner le pays entier. De là, haine mortelle entre eux et une longue suite de combats sanglants qui furent livrés sur les bords de la grande rivière, entre les deux villes, à l’endroit connu sous le nom de Kahf el-Rekad.

Les habitants de l’Adoua el-Andalous étaient forts, valeureux et la plupart adonnés aux travaux de la terre et des champs ; ceux de l’Adoua
el-Kairaouyn, au contraire, généralement haut placés et instruits, aimaient le luxe et le faste chez eux, dans leurs vêtements, à leur table, et ils ne se livraient guère qu’au négoce et aux arts. Les hommes de l’Adoua el-Kairaouyn étaient plus beaux que ceux de l’Adoua el-Andalous ; mais, en revanche, les femmes de l’Adoua el-Andalous étaient les plus jolies.

On trouve à Fès les plus belles fleurs et les meilleurs fruits de tous les climats. L’Adoua el-Kairaouyn surpasse cependant l’autre Adoua par l’eau délicieuse de ses nombreux ruisseaux, de ses fontaines intarissables et de ses puits profonds ; elle produit les plus délicieuses grenades aux grains jaunes du Maghreb, et les meilleures qualités de fi gues, de raisins, de pèches, de coings, de citrons et de tous les autres fruits d’automne. L’Adoua el-Andalous, de son côté, donne les plus beaux fruits d’été, abricots, pêches, mûres, diverses qualités de pommes, abourny, thelkhy, khelkhy, et celles dites de Tripoli, à peau fi ne et dorée, qui sont douces, saines, parfumées, ni grosses ni petites, et les meilleures du Maghreb.

Les arbres plantés à Merdj Kertha, situé au dehors de la porte Beni Messafar, produisent deux fois par an, et fournissent en toute saison à la
ville une grande quantité de fruits. Du côté de Bab el-Cherky, de l’Adoua el-Kairaouyn, on moissonne quarante jours après les semailles ; l’auteur de ce livre atteste avoir vas semer en cet endroit le 15 avril et récolter à la fi n du mois de mai, c’est-à-dire quarante cinq jours après, d’excellentes moissons, et cela en 690 (1291 J. C.), année de vent d’est continuel, et durant laquelle il ne tomba pas une goutte de pluie, si ce n’est le 12 avril.

Ce qui distingue encore Fès des autres villes du Maghreb, c’est que les eaux de ses fontaines sont fraîches en été et chaudes en hiver, tandis que celles de la rivière et des ruisseaux, qui sont froides en hiver, sont chaudes en été, de sorte qu’en toutes saisons on a de l’eau froide et de l’eau chaude à volonté, pour boire, faire les ablutions et prendre des bains.

On n’est pas d’accord sur l’étymologie du mot Fès. On raconte que, lors dès premiers travaux, l’imam, par humilité et pour mériter les récompenses de Dieu, se mit lui-même à l’ouvrage avec les maçons et les artisans, et que ceux-ci, voyant cela, lui offrirent un fès(2) (pioche) d’or et d’argent. Edriss l’accepta, et s’en servit pour creuser les fondements ; de là le mot fès fut souvent prononcé ; les travailleurs disaient à tout instant, donne le fès, creuse avec le fès, et c’est ainsi que le nom de Fès est resté à la ville.

L’auteur du livre intitulé El-Istibsâr fi Adjeïb el-Amçar(3) rapporte qu’en creusant les premiers fondements du côté du midi, on trouva un grand fès pesant soixante livres et ayant quatre palmes de long sur une palme de large, et que c’est là ce qui fi t donner à la ville le, nom de Fès.

Selon un autre récit, on commençait, déjà à construire, lorsque le secrétaire d’Edriss demanda quel serait le nom de la nouvelle ville. «Celui du premier homme qui se présentera à nous,» lui répondit l’imam. Un individu passa et répondit à la question qui lui en fut faite. «Je me nomme Farès;» mais, comme il blésait, il prononça Fès pour Farès, et Edriss dit : «Que la ville soit appelée Fès.» On raconte encore qu’une troupe de gens du Fers (Persans) qui accompagnaient Edriss tandis qu’il traçait les murs d’enceinte furent presque tous ensevelis par un éboulement, et qu’en leur mémoire on donna au lieu de l’accident le nom de Fers, dont plus tard on fi t Fès. Enfin on rapporte que lorsque les constructions furent achevées, l’imam Edriss dit : «Il faut donner à cette ville le nom de l’ancienne cité qui exista ici pendant dixhuit cents ans et qui fuit détruite avant que l’Islam ne resplendît sur la terre. Cette ville se nommait Sèf et en renversant le mot on en lit Fès. Cette version
dernière est la plus probable de toutes ; mais Dieu seul connaît la vérité.

Lorsque la ville et les murs d’enceinte furent achevés et que les portes furent mises en place, les tribus s’y rendirent et s’établirent chacune séparément dans un quartier ; les Kyssyta occupèrent la partie comprise entre Bab Ifrîkya et Bab el-Hadid de l’Adoua el-Kairaouyn; à côté d’eux se rangèrent les Haçabyoun et les Agyssya. L’autre partie fut occupée par les Senhadja, les Louata, les Mesmouda et les Chyhan. Edriss leur ordonna de diviser les terres et de les cultiver, ce qu’ils fi rent, en plantant, en même temps des arbres sur les bords de la rivière, dans Fhahs Saïs, depuis sa source jusqu’à l’endroit où elle se jette dans le fleuve Sebou. Un an après, ces arbres donnèrent des fruits, et c’est là un prodige dû à la bénédiction et aux vertus d’Edriss et de ses ancêtres. (Que le Dieu très-haut les agrée !)

A Fès, la terre est excellente, l’eau très-douce, le climat tempéré, aussi la population s’accrut-elle promptement, et avec elle les biens et l’abondance, et bientôt on vit de tous côtés accourir une foule innombrable de gens qui venaient se rallier au descendant de la famille de l’Élu, race généreuse et pure. (Que Dieu la comble de bénédictions !)

Un grand nombre de gens de tous pays et quelques fragments de tribus vinrent bientôt, de l’Andalousie chercher à Fès le repos et la sûreté
; en même temps une foule de juifs s’y réfugièrent, et il leur fut permis de s’établir depuis Aghlen jusqu’à la porte de Hisn Sadoun, oyennant
un tribut annuel (djeziâ) qu’Edriss fi xa à 30,000 dinars. Les grands et les kaïds choisirent leurs habitations dans l’Adoua el-Andalous, et Edriss, après avoir laissé à la garde de gens de confi ance ses chevaux, ses chameaux, ses vaches et ses troupeaux, fi xa sa résidence dans l’Adoua el-Kairaouyn avec sa famille, ses serviteurs et quelques négociants, marchands ou artisans.

Fès demeura ainsi pendant tout le règne d’Edriss et de ses successeurs. Jusqu’à l’époque des Zenèta; sous la domination de ceux-ci, elle fut considérablement agrandie ; on construisit, au dehors une infi nité de maisons qui rejoignirent bientôt les jardins de la ville. Du Bab Ifrîkya jusqu’à l’Aïn Aslîten s’élevèrent au nord, au sud et à l’est des fondouks (caravansérails), des bains, des moulins, des mosquées et des souks (marchés, places). Tout cet espace fut, rempli par les tribus Zenèta, Louata, Maghila, Djyraoua, Ouaraba, Houara, etc. qui s’établirent chacune dans un quartier à part ; auquel elles donnèrent leurs noms. C’est ainsi que prirent naissance le faubourg Louata, le faubourg El-Rabt ou Aghlân, le faubourg Aben Aby Yakouka cou Berzakh, le faubourg Beni Amar ou El-Djer el-Ahmar, etc.

Huit mille familles de Cordoue, ayant été battues et chassées de l’Andalousie par l’imam Hakym ben Hischâm(4), passèrent dans le Maghreb et vinrent à Fès ; elles s’établirent dans l’Adoua el-Andalous et commencèrent à bâtir à droite et à gauche depuis Keddân, Mesmouda, Fouara, Harat el-Bryda et Kenif jusqu’à Roumelia. C’est depuis lors que cette Adoua s’appela Adoua el-Andalous. L’autre Adoua prit également son nom de Kairaouyn, de trois mille familles de Kairouan qui vinrent s’y fixer du temps d’Edriss.

Les Zenêta bâtirent dans l’Adoua el-Kairaouyn les bains nommés hamam el-Kerkoufa, hamam el-Amir, hamam Rechacha, hamam Rbatha, et
dans l’Adoua el-Andalous, ceux nommés hamam Djerouaoua, hamam-Keddân, hamam Cheikhyn et hamam Dyezyra. Ils augmentèrent également le nombre des fondouks (caravansérails) et des mosquées.

Ils retirèrent les khatheb (prédicateurs) de la mosquée El-Cheurfa, construite par Edriss ben Edriss, mais ne touchèrent point au monument par respect pour le fondateur, et nul après eux n’osa y porter le moindre changement, jusqu’à ce qu’enfin le temps eût fait tomber sort toit et fait crouler ses murs ; alors seulement, en 708 (1308 J. C.), elle fut reconstruite, exactement telle que l’avait bâtie Edriss, par le docte mufty El-Hadj el-Moubarek Abou Meryn Chouayb, fils du docte El-Hadj el-Meberour Aby Abd Allah ben Aby Medyn, qui s’efforça ainsi de mériter le pardon et les récompenses du lieu très-haut.




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2 securis, bipennis. (Kam. Dj.)
3 Considérations sur les merveilles des grandes villes.
4 Hakym ben Hischâm. troisième Khalife ommiade d’Espagne (180 à 200 de l’hégyre).


(A suivre)

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MessageSujet: Re: Annales de la ville de Fez (1326)   Sam 11 Oct 2008 - 22:09

C’est à l’époque des Almohades que Fès fut dans toute la splendeur de la richesse, du. luxe et de l’abondance. Elle était la plus fl orissante des villes du Maghreb. Sous le règne d’El-Mansour l’Almohade et de ses successeurs, on comptait à Fès sept cent quatre-vingt-cinq mosquées ou chapelles ; quarante-deux diar loudhou et quatre-vingts skayat, soit cent vingt-deux lieux aux ablutions à eau de fontaine ou de rivière; quatre-vingt-treize bains publics; quatre cent soixante et douze moulins situés autour et; à l’intérieur des murs d’enceinte et non compris ceux du dehors. Sous le règne de Nasser, on comptait en ville quatre-vingt-neuf mille deux cent trente-six maisons ; dix-neuf mille quarante, et un mesrya(5) ; quatre cent soixante-sept fondouks destinés aux marchands, aux voyageurs et aux gens sans asile ; neuf mille quatre-vingt-deux boutiques ; deux kaysseria(6), dont un dans l’Adoua el-Andalous, près de l’Oued Mesmouda, et l’autre dans l’Adoua el-Kairaouyn; trois mille soixante-quatre fabriques ; cent dix-sept lavoirs publics ; quatrevingt-six tanneries ; cent seize teintureries ; douze établissements où l’on travaillait le cuivre ; cent trente-six fours pour le pain, et mille cent soixante
et dix autres fours divers.

Les teinturiers s’établirent, à cause de la proximité de l’eau, des deux côtés de la langue de terre qui partage l’Oued Kebyr depuis son entrée en ville jusqu’à Roumelia. Les faiseurs de beignets et les marchands de gazelle ou autres viandes cuites, bâtirent également leurs petits fours en cet endroit, et au-dessus d’eux, au premier étage, se fi xèrent tous les fabricants de haïks.

Le Oued Kebyr est le seuil qui se présente aujourd’hui encore nettement à la vue; tous les autres ruisseaux de la ville de Fès sont couverts par les constructions. La plupart des jardins ont aussi disparu, et il ne reste plus des anciennes plantations que les oliviers de Ben Athya.
Il y avait à Fès quatre cents fabriques de papier; mais elles furent toutes détruites à l’époque de la famine, sous les gouvernements d’El-Adel
et de ses frères El-Mamoun est Rachid, de l’an 618 à l’an 638.

Ces princes, qui régnèrent pendant ces vingt années de malheur et de misère, furent remplacés par les Meryn, qui relevèrent le pays et rétablirent la sûreté des routes.

L’auteur de ce livre déclare avoir pris tout ce qui précède d’un manuscrit du cheïkh docte et noble Abou el-Hassen Aly ben Omar el-Youssy, qui l’avait pris lui-même d’un ouvrage écrit de la main du noble El-Kouykiry, inspecteur de la ville sous le règne de Nasser l’Almohade.
Ben Ghâleb raconte dans son histoire que l’imam Edriss, ayant achevé de construire la ville, monta en chaire un jour de vendredi, et qu’aussitôt après le prône, levant les mains au ciel, il s’écria :
«O mon Dieu ! vous savez que ce n’est point par vanité, ni par orgueil ou pour acquérir des grandeurs et de la renommée que je viens d’élever cette ville ! Je l’ai bâtie, Seigneur, afin que, tant que durera le monde, vous y soyez adoré, que votre livre y soit lu et qu’on y suive vos lois, votre religion et le Sonna de notre seigneur Mohammed (que Dieu le comble de bénédictions !). O mon Dieu ! protégez ces habitants et ceux qui viendront après eux, défendez-les contre, leurs ennemis, dispensez-leur les choses nécessaires à la vie, est détournez d’eux
le glaive des malheurs et des discussions, car vous êtes puissant sur toutes choses !» Amen ! dirent les assistants.


En effet, la nouvelle ville prospéra bientôt. Du temps d’Edriss et pendant cinquante ans, l’abondance fut si grande que les récoltes étaient sans valeur. Pour deux drahem on avait un saa de blé, et pour un drahem un saa d’orge; les autres grains se donnaient. Un mouton coûtait un drahem et demi; une vache, quatre drahem ; vingt-cinq livres de miel, un drahem ; les légumes et les fruits ne coûtaient rien.

Lorsque la ville fut achevée, l’imam vint s’y établir avec sa famille et en fit le siège de son gouvernement. Il y demeura jusqu’en 197(812 JC.) ; à cette époque, il en sortit pour aller faire urne razia sur les terres des Messamides, dont il conquit le, pays et les villes de Nefys et. de -Aghmât.

Étant rentré à Fès, il en sortit de nouveau en 199 (814 de J. C. ) pour combattre les Kabyles de Nefrata ; il les vainquit, et vint à Tlemcen, qu’il visita et qu’il fit réparer ; il dota d’une chaire la mosquée de cette ville, et, à ce sujet, Abou Mérouan Abd el-Malek el-Ourak rapporte ce qui suit : «Je suis allé, dit-il, à Tlemcen, en 550, et j’ai vu, au sommet de la chaire de la mosquée, un morceau de bois de l’ancienne chaire sur lequel l’imam avait gravé ces mots : "Construit par les ordres de l’imam Edriss ben Edriss ben Abd Allah ben Hossein hein el-Hosseïn (que Dieu les agrée tous !), dans le mois de moharrem, an 199.» Edriss demeura trois ans à Tlemcen et, dans ses environs, et revint à
Fès, d’où il ne sortit plus. Il mourut-à l’âge de trente-trois ans, an 213 (828 J.C.). (Que Dieu lui fasse miséricorde !) Il fut enterré dans la mosquée du côté de l’orient, disent les uns, du côté de l’occident, selon les autres.

El-Bernoussy rapporte qu’Edriss ben Edriss mourut étouffé en mangeant des raisins, le 12 de djoumad el-tâny, an 213 ; qu’il était âgé de trente-huit ans, et se trouvait à cette époque à Oualily, dans le Zraoun, où il fut enseveli dans le cimetière d’Oualily à côté du tombeau de son père. Edriss mourut après avoir gouverné le Maghreb pendant, vingt-six ans, et laissa douze enfants : Mohamed, Abd Allah, Ayssa, Edriss, Ahmed, Giaffar, Yhya, El-Kassem, Omar, Aly, Daoued et Hamza. Mohammed, l’aîné de tous, lui succéda.



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5 Mesrya, petits logements à un étage. ou simple chambre indépendante pour un homme seul.
6 Kaiysseria, bazar généralement couvert, comme un passage.


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