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 Les hirondelles de l'amour...

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MessageSujet: Les hirondelles de l'amour...   Dim 14 Juin 2009 - 12:26

L'article est long mais Ô combien interessant... Les enfants issus d'unions entre les soldats issus de l'Afrique du Nord et des autrichiennes est un fait presque tabou... Ce sujet m'interpelle car mon papounet (paix ait son âme) a eu un fils avec une allemande. Un secret de famille que maman nous a revelé après sa mort... d'après nos calculs, il aurait une soixante d'année... Mon père a été prisonnier de guerre durant la Seconde guerre mondiale en Allemagne....

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Les soldats marocains qui ont occupé l’Autriche pendant l’été 1945 ont engendré, sans le savoir, des centaines d’enfants. Après une vie marquée par la discrimination, certains ont entrepris de se réconcilier avec leurs racines paternelles. Reconstitution d’un volet méconnu de notre histoire.[/size]


Maria, Georg, Karin ou Peter ont tous en mémoire une insulte lancée par un voisin ou un camarade d’école. “Poupée nègre”, “diable noir”, “sale Marocain”. Comme eux, 200 à 300 enfants nés dans le Vorarlberg
en 1946, neuf mois après le bref séjour des troupes marocaines de l’armée française, n’ont pas eu de chance. Contrairement aux autres Kriegskinder (enfants de la guerre), comme les rejetons des soldats français, ils avaient le teint trop brun ou les cheveux trop frisés pour passer inaperçus. Dans une Autriche encore marquée par la propagande nazie, il n’en fallait pas plus pour être rejeté par la société. Dans cette région rurale et très catholique, avoir un enfant hors mariage a valu à ces mères autrichiennes injures et humiliations, au point que beaucoup d’entre elles ont refusé, jusqu’à la fin de leur vie, de parler de ce fameux été 1945. L’été des Marocains.

Surnommés “hirondelles de la mort” par les Allemands, voilà deux ans que près de 30 000 jeunes tirailleurs, goumiers ou spahis se battent en première ligne de l’offensive alliée lancée en 1943 depuis l’Afrique du Nord. Ils ouvrent plus d’une voie difficile en remontant vers le fief des nazis : Tunisie, Sicile, Corse, Italie, Provence, Alpes, Vosges… Le 31 mars 1945, le sacrifice de plusieurs régiments marocains permet aux alliés de franchir le Rhin. Début mai, après les dernières batailles en Allemagne, les Français envoient une bonne partie des troupes marocaines occuper l’ouest de l’Autriche (le Vorarlberg). Dans ce petit paradis de forêts et de lacs, nous sommes loin des actes de cruauté rapportés en Allemagne, dictés par le désir de vengeance. L’occupation française est plutôt bien acceptée dans le Vorarlberg, y compris ses régiments “exotiques”. “En ces temps de pénurie, il n’était pas rare que des soldats marocains risquent des punitions disciplinaires pour avoir puisédans les stocks de l’armée française et donné des aliments aux habitants”, explique Hamid Lechhab, psychologue d’origine marocaine (et docteur en sciences de l’éducation) installé dans le Vorarlberg.
Chocolat et rixes

Ces petits cadeaux de nourriture ajoutent au charme des soldats, aux yeux des femmes du pays. “Dès qu’il vous amène du chocolat / ça vous est égal, quelle couleur il a…”, dit l’une des chansons humoristiques qui circulaient à l’époque. Nul doute qu’elles étaient composées par des hommes autrichiens exaspérés par les flirts entre Marocains et Autrichiennes. Les jeunes soldats, issus en majorité de l’Atlas et rarement âgés de plus de 25 ans, écument les bals populaires et leur présence déclenche souvent des rixes avec les rivaux autrichiens. Leur succès auprès des femmes repose sur de multiples raisons. “Beaucoup de femmes étaient séparées de leur mari depuis longtemps, et parfois savaient qu’il ne reviendrait pas de la guerre, explique Hamid Lechhab. Certaines avaient eu des relations avec les soldats allemands et voulaient se racheter, puisque le vent venait de tourner. Pour la même raison, les soldats engagés dans l’armée nazie, quand ils revenaient, n’étaient pas en position de protester contre ces relations”. Les jeunes filles, elles, font ce que font les jeunes filles?: elles tombent amoureuses. “Même si on a signalé quelques viols, la plupart des relations entre les Autrichiennes et les Marocains étaient bien des flirts, voire d’authentiques histoires d’amour”, assure le chercheur, qui a publié en 2005 un roman inspiré des nombreux témoignages qu’il a recueillis : Mein Vater ist Marokkaner (mon père est un Marocain).

Mais ces amours ne durent pas plus d’un été… Dès la mi-septembre, les hirondelles repartent. Le commandement français de l’armée procède au “blanchiment” de ses troupes d’occupation. Des raisons psychologiques sont invoquées : les régiments dits “de couleur” feraient peur à la population. Mais il s’agit probablement, avant tout, d’une décision politique destinée à “remettre les colonies à leur place”. Rapidement, tous les Marocains sont renvoyés dans le Sud de la France. Certains partent en Indochine ou à Madagascar, les autres rentrent au pays. La plupart de ceux qui ont engrossé une Autrichienne l’ignorent. Ceux qui reviennent font l’exception. “Je connais trois cas de pères marocains qui sont revenus. Deux d’entre eux se sont mariés et ont fait leur vie en Autriche”, confie Hamid Lechhab. Pour toutes les autres mères, le départ des pères marque le début d’un cauchemar. Beaucoup accouchent discrètement auprès des autorités militaires françaises et se voient offrir la possibilité de donner leur bébé en adoption en France. Celles qui gardent leur enfant vont le payer très cher. On les appelle généralement “putes de nègre” et parfois on leur interdit d’entrer à l’église. Toutes sont marquées pour la vie.
Tabous et lettres brûlées

Plus encore que des insultes, ces enfants ont souffert du mystère qui entoure leurs origines. Dans plus d’un cas, la famille a détruit toute trace du soldat venu perturber la généalogie. Ainsi, Karin Trappel se souvient avoir surpris sa grand-mère en train de brûler les lettres de son père, qui pendant 4 ans a continué à écrire d’Indochine : “Elle m’a mis un doigt sur la bouche et m’a dit que c’était mieux pour tout le monde. Elle voulait que ma mère s’entende bien avec mon beau-père, qui était très jaloux”. Du coup, certains enfants perdent de précieux documents. Les mères ne parlent jamais du passé, et il ne faut pas compter sur les familles pour combler les lacunes : le sujet est tabou. “Ma mère est morte sans m’avoir jamais rien dit de mon père, regrette ainsi Georg. Je ne sais toujours pas si c’était un viol ou de l’amour”.

Alois Liebschick, justement, a une seule certitude, et elle est douloureuse : il est issu d’un viol. Il raconte avec émotion l’histoire de cette jeune femme de 22 ans, partie cueillir des baies en juin, et qui a eu l’imprudence de recevoir la visite de son fiancé dans une maison abandonnée. Un soldat marocain, qui a vu le jeune Autrichien s’en aller, la coince alors en lui disant : “Ce que tu fais avec lui, tu peux le faire avec moi”. La mère d’Alois ne parle du viol à personne et se marie en octobre comme prévu, enceinte de 4 mois. Le mari ne découvre la vérité que parce que son premier-né a la peau sombre et les cheveux bouclés. Pendant toute l’enfance de Alois, le voisinage peut lire son origine sur les traits de l’enfant, mais personne n’en parle. “Depuis tout petit, j’ai senti quelque chose de bizarre dans l’attitude des gens envers moi, et surtout de mon père, mais je ne comprenais pas ce que c’était, raconte Alois. Quand j’avais 15 ans, ma mère, malade d’un cancer, m’a dit la vérité. Après sa mort, je ne pouvais plus en parler à personne. J’ai été un adolescent très perturbé”.
Soixante ans après, un voyage au Maroc

Après tant d’années de silence et d’inhibitions, ces “enfants des Marocains” à l’âge mûr (et souvent à la mort de leur mère) sont partis à la recherche du père, ou du moins de son pays d’origine. Plusieurs le font à petits pas, se souciant encore d’éviter une exposition médiatique en Autriche. Hamid Lechhab, qui est entré en contact avec environ 70 d’entre eux, a organisé des réunions, puis un voyage au Maroc au printemps 2006. Soit 60 ans et 9 mois après l’été 1945. Pendant le voyage, une bonne partie des 14 participants fête son soixantième anniversaire. Si tous reviennent enchantés d’avoir découvert leur seconde patrie, quelques-uns, qui avaient des informations sur leur père, se disent déçus de ne pas avoir avancé dans leur recherche.?Surtout après l’espoir suscité par Heidi Braun, la seule Autrichienne à ce jour à avoir retrouvé sa famille paternelle. En 2004, elle avait fait le voyage jusqu’au village de son père près de Taounate. Il était malheureusement mort depuis 7 ans, mais ses frères et sœurs l’avaient reconnue et acceptée. Les participants au voyage de 2006 comptaient donc beaucoup sur la visite au Centre des anciens combattants de Casablanca, qui dépend de l’ambassade de France. Une rencontre forte en émotion, se souvient Bernard Paquelier, le directeur du Centre : “En entrant, ils ont vu des vétérans qui attendaient pour leurs soins ou leurs démarches de pensions et se sont mis à pleurer”. L’émoi est à son comble quand un des vieux explique qu’il sait parfaitement qu’il a laissé une fille en Allemagne, mais qu’il a perdu la trace de la mère depuis longtemps. Sur une table, des centaines de fiches avec des photos : ce sont les maigres archives du Centre, concernant uniquement les invalides pensionnés. Aucune chance d’y trouver les vétérans du Vorarlberg, mais les Autrichiens ne peuvent s’empêcher de se jeter dessus pour regarder les noms et les photos. “Pleine d’espoir, avant de partir, j’ai remis aux fonctionnaires les photos de mon père et les renseignements que j’avais, raconte Karin Trappel. Mais je n’ai jamais eu de réponse depuis”. Bernard Paquelier avoue volontiers qu’il n’a pas tout tenté pour résoudre le casse-tête des enfants de la guerre, rappelant que ce n’est pas son rôle : le Centre n’a pas vocation d’archives. Il faudrait plutôt s’adresser au Centre des archives militaires de Pau, en France. “Mais il y a un obstacle de taille, tellement cruel pour les Autrichiens que je n’ai pas osé le leur expliquer, reprend-il. Les données personnelles des anciens combattants ne peuvent être communiquées qu’à la famille. Or, justement, ils ne peuvent pas prouver de filiation avec leur père présumé”. A ce problème majeur s’ajoutent d’autres difficultés : beaucoup de soldats ont changé de patronyme dans les années 1950, lorsque les noms de famille ont été fixés par l’administration, et les dates de naissance étaient souvent trafiquées. Autrement dit, les chances de retrouver les pères sont très minces.
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MessageSujet: Re: Les hirondelles de l'amour...   Dim 14 Juin 2009 - 12:48

Wouah !!!! c'est très émouvant que cette page d'histoire.

Cela me rappelle un passage du film INDIGENE qui m'avait beaucoup éprouvé et qui relate la même histoire.

C'est beau de voir qu'au délà des préjugés et des discriminations ces enfants aient cherché un peu de leurs racines en faisant le voyage dans le pays d'origine de leur père. Je pense que c'est important de savoir.

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