LA CULTURE DU MAGHREB
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 La Kahîna

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Sarah
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MessageSujet: La Kahîna   Sam 29 Jan 2011 - 14:10

LA KAHENA


Statue de la Reine guerrière Kahena à Khenchela en Algérie


Kahena (signifiant "sorcière" , "devineresse" en arabe), de son vrai nom Dihya ou Damya , est une reine guerrière berbère zénète des Aurès qui combattit les Omeyyades lors de l'expansion islamique en Afrique du Nord au viie siècle.
Plusieurs femmes ont écrit des romans sur la Kahena au xxe siècle et plusieurs penseurs disent que c'est une des premières féministes bien avant le Moyen Âge et une des premières reines guerrières de l'Histoire. De nombreux auteurs la considèrent comme juive, d'autres comme chrétienne et Ibn Khaldoun lui attribue des pouvoirs surnaturels.

Étymologie

Pour les Berbères des Aurès, elle s'appelait Dyhia Tadmut qui veut dire la belle gazelle en tamazight. D'autres Chaouis disent Damya, qui vient du verbe edmy en tamazight, qui signifie devineresse. Les écrivains en langue arabe au Moyen Âge rapportent le nom de Dihya et le surnom de Kahina à l'exemple d'Ibn Khaldoun. La majorité des écrits sur cette femme reprennent son surnom Kahena dans les récits historiques ou littéraires.
Le surnom Kahena a plusieurs significations en arabe, en hébreu ou en grec. En arabe, Kahena désigne une devineresse ou une sorcière, ce qui est péjoratif pour certaines interprétations. En grec, Kahena est tiré de Karina qui signifie être pur. En hébreu le mot est proche de Cohen qui a un sens de prêtre. (En français, le nom Corinne a le sens d'être pur.)
Dans la région des Aurès, les chaouis l'appellent Yemma El Kahina (maman Kahina) et plusieurs chansons lui sont dédiées dans le terroir chaouis, soit en arabe soit en chaouis. Le groupe le plus connu de la ville de Batna et en Algérie portait le nom de El Kahina dans les années 80.

Histoire

La conquête de l'Afrique du Nord est décidée par le chef de la dynastie omeyade, Muawiya Ier. À l'aube de l'invasion, l'unité politique et administrative de la Berbérie orientale et centrale (les Aurès, actuellement à l'est de l'Algérie et à l'ouest de la Tunisie) était en grande partie réalisée par Kusayla, chef de la résistance à la Conquête musulmane du Maghreb (règne de 660 à 686). Kusayla, converti à l'islam, entre en conflit avec Oqba Ibn Nafi Al Fihri, général de l'armée des Omeyades.
À son décès en 686, Dihya prend la tête de la résistance. Elle était issue de la tribu des Djerawa, une tribu berbère zénète de Numidie, selon les chroniqueurs en langue arabe au Moyen Âge. Fille unique, elle aurait été élue ou nommée par sa tribu après la mort de son père. Dihya procéda à l'appel de nombreuses tribus de l'Afrique du Nord orientale et du Sud pour déclencher la guerre contre les Omeyades.
Elle défait par deux fois la grande armée des Omeyyades grâce à l'apport des cavaliers des Banou Ifren.
Elle règne sur tout l'Ifriqiya pendant cinq ans. Vaincue en 693 par Hassan Ibn en N'uman dans la dernière bataille contre les Omeyyades, elle se réfugie dans l'Amphithéâtre d'El Jem. Elle est enfin faite prisonnière, puis décapitée au lieudit Bir El Kahina. Les chefs de l'armée Omeyades envoient sa tête en trophée au calife Abd al-Malik en Syrie.
Dihya sera la seule femme de l'histoire à combattre l'empire omeyyade. Les Omeyyades demandent aux Zénètes de leur fournir douze mille combattants pour la conquête de l'Andalousie comme condition à la cessation de la guerre.
L'intervention de Musa ben Nusayr règle le problème avec les Berbères en nommant Tariq ibn Ziyad à la tête de l'armée zénète et des autres Berbères. Son fils devient gouverneur de la région des Aurès et par la suite sa tribu aura un pouvoir lors des Zirides dans les Aurès.
Une statue à l'effigie de la Kahena a été élevée à Khenchela en 2003.

Récits médiévaux

Selon l'historien berbère Ibn Khaldoun, à la veille de la conquête musulmane du Maghreb, plusieurs tribus berbères pratiquaient le judaïsme.
Kahena était réputée user de pouvoirs magiques : « Hassan accorda au fils de la Khahina le commandement en chef des Djerawa et le gouvernement du Mont Awres, il faut savoir que d'après les conseils de cette femme, conseils dictés par les connaissances surnaturelles que ses démons familiers lui avaient enseignées, ses deux fils s'étaient rendus aux Arabes avant la dernière bataille ».
Parmi les tribus berbères, Ibn Khaldoun distinguait :
les Djeraoua (ou Djerawa), tribu qui habitait les Aurès et à laquelle appartenait Kahena ;
les Nefousas (ou Nefzaouas), des berbères de l'Ifriqiya ;
les Fendelaoua, les Medîouna, les Behloula, les Ghîatha et les Fazaz, Berbères du Maghreb-el-acsa (nom arabe correspondant au Maroc).
Parmi ces tribus originaires de l'actuelle Tunisie (ancienne Ifriqiya), des Aurès et de l'actuel Maroc, la tribu des Djerawa est une des plus puissantes de la confédération des Zénètes.
Dihya commande la tribu des Djerawas pendant soixante-cinq ans. Ad Darisi prétend qu'elle a vécu cent vingt sept ans et a gouverné l'Ifriqiya pendant cinq ans. Dihya ordonne la mort du général omeyade Oqba Ibn Nafi Al Fihri. Les Berbères Tahuda exécutent cet ordre, ce qui déclenche la guerre entre les Berbères et les Omeyades.
La tribu berbère des Banou Ifren Zénète sera la première à défendre les territoires au côté de la Kahina. Alors, Dihya sort triomphante de cette guerre.
Hassan Ibn en N'uman demande alors les renforts musulmans. En 693, l'armée consolidée d'Hassan écrase les troupes berbères commandées par Dihya.
Par la suite, les Zénètes sont invités à former une armée sous le commandement de Tariq ibn Ziyad pour conquérir l'Andalousie. Le fils de la Kahina obtient la gouvernance des Aurès.

Parcours

Alors que les musulmans ont déjà conquis un vaste territoire ils butent sur la résistance des byzantins (chrétiens), implantés essentiellement sur les côtes et en particulier à Carthage et Septum, mais aussi celle des Berbères.
Les troupes musulmanes dirigés par Hassan Ibn Numan cherchaient à s'emparer de Carthage pour posséder l'Ifriqiya et se frayer un chemin vers l'Ouest. Le roi Kusayla, les Carthaginois et Dihya se liguèrent pour empêcher ce passage. Carthage finit par tomber aux mains des troupes musulmanes en 695 et Hassan Ibn Numan se fait nommer gouverneur d'Ifriqiya. L'empereur Leonitos récupère Carthage pour trois ans. La seule résistance qui demeurait alors était celle de Dihya. Hassan demandera les renforts musulmans. En 693, Après le renforcement des troupes musulmanes, Hassan écrasera les troupes berbères commandés par Dihya.
À la première bataille, Dihya remporte une victoire sur les troupes d'Ibn Numan à Miskiana (entre Tebessa et Aïn Beïda, dans la région constantinoise). Dans la vallée déserte et asséchée, Dihya dissimule son armée pendant la nuit, en partie dans la montagne, en partie derrière, sa cavalerie et ses troupeaux de chameaux, pour prendre en embuscade les troupes d'Ibn Numan. Lorsque les Arabes attaquent, ils sont accueillis par une pluie de flèches tirées entre les jambes des chameaux des Berbères. Les Arabes écrasés, les Aurésiens les poursuivent jusqu’à Gabès. Cette prestigieuse victoire, appelée aussi « bataille des chameaux », leur permet de repousser les troupes du calife jusqu'en Tripolitaine.
Ibn Numan est à nouveau battu par Dihya en 695 près de Tabarqa.
En 699, Ibn Numan reporte ses efforts sur Carthage, qu'il reprend, avec la maitrise des mers et du bassin occidental de la Méditerranée. Il demande alors un supplément d'hommes au calife Ibn Marwan pour s'attaquer aux Aurès qui constituent un ultime bastion. Sachant sa défaite imminente, Dihya fait pratiquer la politique de la terre brûlée pour dissuader l'envahisseur de s'approprier les terres, s'aliénant par là une partie de son peuple : citadins berbères sédentaires, nomades des campagnes.
Dihya s'engage une dernière fois dans la bataille en 702 à Tabarqa. La défaite de ses troupes est en partie due à la trahison de Khalid, jeune Arabe que la reine avait épargné et adopté selon la coutume de l'anaïa (protection) en vigueur chez les anciens Berbères.
Constatant que tout est perdu, Dyhia envoie ses deux fils, Ifran et Yezdia, auprès d'Hassan. Elle continua de combattre mais, trahie, elle est capturée. Puis, elle aurait été décapitée dans les environs d'El-Djem et sa tête remise au calife. Suite à cette victoire, Hassan réclame aux Berbères 12 000 cavaliers, dont il confie le commandement aux deux fils de Dyhia, auxquels il attribue aussi le gouvernement du mont Aurès.

Divergences historiques

Le rôle joué par Dihya a constitué un enjeu considérable pour ses commentateurs. Les sources que nous avons sur Dihya, symbole de la résistance à l'expansion musulmane, proviennent en grande partie des historiens musulmans. C'est donc pour certains d'entre eux, sur des arrière-pensées et vues politiques que sont fondées leurs affirmations. Cela est d'autant plus difficile à vérifier que les sources diverses sont rares.

Religion

La question de la religion de Yemma al Kahina (notre mère Kahina) a été traitée par plusieurs historiens du Moyen Âge ou contemporains. Plusieurs hypothèses ont été émises, soit qu'elle fut monothéiste ou animiste ou autre.
Selon l'historien Gabriel Camps, spécialiste du Maghreb, les tribus zénètes n'étaient pas juives mais bien chrétiennes. Toutefois, pour Paul Sebag « c'est aller à l'encontre des textes, difficilement récusables » qui donnent la Kahena pour juive, et membre d'une tribu berbère judaïsée.
Ibn Khaldoun ne cite nullement la religion de Dihya et réfute les thèses selon lesquelles les Zénètes descendent de Goliath (en arabe Djallut). Ibn Khaldoun, en citant ses sources, donne son accord à la version d'Ibn Hazm qui, d'après lui, est la plus logique. Selon cette version, Dihya descend des Zénètes et a comme ancêtre Medghassen. Ibn Khaldoun ajoute, selon les propos des Zénètes, qu'ils avaient un prophète du nom de Moussa Ibn Salih.
Cependant, au moment de l'époque romaine et byzantine, certains Zénètes étaient chrétiens. Certains (comme Gabriel Camps, dans son livre Berbères - Aux marges de l'histoire) pensent que Dihya était chrétienne, parce qu'elle était la fille de Matya lui-même fils de Tifan. Ces noms seraient les déformations de Matthieu (comme l'Apôtre) et Théophane (repris par de nombreux Saints chrétiens). Le christianisme était en outre largement répandu, une grande partie des populations berbères du nord ayant été christianisés sous l'empire romain.
Les Zénètes et le reste des Berbères (plusieurs tribus non Zénètes comme les Houaras ou les Awraba) ont fait partie des troupes de la Kahina pour combattre les musulmans. Ibn Khaldoun nomme pour source Hani b. Bakur Ad Darisi. Celui-ci donne les renseignements sur la vie de Dihya, affirmant notamment qu'elle avait des démons qui lui dictaient des prédictions.
La Kahina était considérée comme sorcière ou possédée.
Selon l'historien et géographe français Émile-Félix Gautier : « Les Djeraouas ne sont plus des chrétiens comme les Aurébas, mais bien des juifs ». Strabon avait déjà témoigné à l'époque romaine que les juifs étaient nombreux en Afrique du Nord. Selon certains y étaient venus librement au fil des siècles avec les Phéniciens, dès le temps des Carthaginois, tandis que d'autres y avaient été déportés par Trajan, après avoir tenu tête en Cyrénaïque aux légions romaines. Ainsi avaient-ils participé à la conversion de nombreuses tribus berbères.
D'autres laissent entendre que Dihya aurait pu être animiste, sans pouvoir pour autant préciser de quel culte il s'agirait, les Berbères ayant été païens avant l'arrivée du christianisme. La signification prêtresse et être pur du nom Kahena, correspondrait ainsi à une tradition animiste d'Afrique du Nord, selon laquelle les prêtresses subissaient un rituel de purification. (La reine touareg Tin Hinan, que l'on supposait, de la même manière, chrétienne, était sans doute animiste, comme le laisse penser son tombeau récemment découvert.
Selon certains historiens, elle aurait été juive, issue de la tribu des Djerawa. Selon les dernières recherches effectuées notamment à l'université de Cambridge autour des manuscrits découverts à la Guenizah du Caire (découverts au début du xxe siècle et analysés depuis l'an 2000), le père de la reine Kahena s'appelait Maatia, dérivatif de Mattathias, en hommage au prêtre juif, père de Judas Macchabée, qui a expulsé les Séleucides de Judée en -165. Certaines tribus berbères étaient bien judaïsées comme le prouvent les lettres manuscrites retrouvées au Caire[réf. nécessaire], mais ils gardaient les traditions animistes, voire plutôt superstitieuses des temps anciens, comme la main ou le chiffre 5 pour se protéger du mauvais œil.

Politique de la terre brûlée

L'historiographie a également mis l'accent sur la politique de la terre brûlée qui aurait été pratiquée sous la Kahena, d'après Ibn Khaldoun, E.F Gautier, Ibn El Athir et Le Bayan, ce qui aurait motivé le mécontentement des cultivateurs de la côte. Cette version est contestée par certains selon lesquels, il se serait agi, pour les historiens musulmans, de discréditer la reine berbère hostile à l'expansion musulmane : des villes et des villages auraient certes effectivement été brûlés, mais cela s'expliquerait non par l'invasion arabe, mais par le fait que l'Afrique du Nord, depuis la chute de l'empire romain d'Occident, était le théâtre d'affrontements entre Byzantins et autochtones, voire entre Berbères nomades et sédentaires.

Archéologie

En Algérie, dans la région des Aurès, aucune étude sérieuse n'a été entreprise à ce jour. Mais depuis 2006, les autorités algérienne affirment entreprendre des recherches. En Tunisie, le seul endroit qui témoigne de l'existence de la Kahena est l'amphithéâtre d'El Djem.
La ville antique de Baghaï, où est supposé être le château de la Kahina (si elle a habité un palais, ce que ne démontre aucune étude archéologique), pourtant classée monument du patrimoine national, est en péril dans la wilaya de Khenchela, ce que déplorent les spécialistes algériens sur place.

Postérité

Une seule statue a été construite au Maghreb à la mémoire de la Kahena : Élevée par l'association Aurès El-Kahina au centre ville de Baghaï, elle a été inaugurée par le président algérien en février 2003. Certains kabyles protestèrent car aucune inscription en langue amazighe ne figure sur le socle de la statue, son nom étant écrit en langue arabe.Khenchela, est le nom que portait la fille de la reine berbère Kahina.

Tradition orale

Entre l'antique Thevest romaine (aujourd'hui Tebessa) et l'agglomération de Bir El Ater se trouve un puits appelé « Bir el kahina » (le puits de la kahina), en référence ou en souvenir du lieu où elle aurait été tuée. À Baghaï, petit village à une vingtaine de kilomètres de Khenchela, les habitants désignent certaines ruines anciennes comme les ruines du « palais de la Kahina ».
Le nom de la rivière Meskian, où Kahina remporta sa première victoire contre le général Ibn Numan, ainsi que celui du village de Meskiana qu'elle traverse, viendrait des mots berbères Mis n Kahina qui signifie « les fils de Kahina ».
Certains berbères chaouis des Aurès disent qu'ils ont le « nez de la Kahina », un nez particulier d'une grande beauté, un peu comme celui de Cléopâtre. le nez dont il est question, veut dire le Khanchouch, c'est-à-dire la fierté.
Dans toute la région des Aurès, le nom Diyya est assez courant chez les chaouis. Aussi, le personnage historique de Dihya est devenu de nos jours un symbole, aux côtés de Massinissa et de Jugurtha, etc.
La tradition orale des chaouis ne donne pas beaucoup de renseignements précis sur tout le parcours historique de la Kahina. Mais elle reste la reine des chaouis.

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Sarah
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MessageSujet: Re: La Kahîna   Sam 29 Jan 2011 - 14:17

Voir aussi l'article de M€RY€M sur les femmes célèbres en Algérie http://culture-maghrebine.clictopic.com/t220-les-femmes-mythiques-en-algerie

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